nicene kossentini
 

Rachida TRIKI, juin 2008.

Nicène Kossentini est une jeune artiste photographe et vidéaste qui capte image par image la lente mutation des êtres et des choses. Elle fait passer avec beaucoup de sensibilité, l'intimité des lieux et des événements à la dimension de l'universalité.
Chacune de ses œuvres est une invitation à entrer en symbiose avec un espace de vie à la fois incertain et proche. Jouant les contrastes en noir et blanc et les zones de semi-visibilité, l'artiste crée des atmosphères singulières au décor minimaliste. Ses vidéos captent les sites et les visages au bord de la disparition, hypnotisant pour ainsi dire le regard du spectateur comme dans l'attente d'un événement imminent. Le mouvement volontairement lent de la caméra restitue la dimension phénoménologique du temps pour mieux suggérer la sensation du lieu devenu étrangement énigmatique. C'est ainsi qu'une tranche de ciel brumeux entre deux immeubles de la «Rue Saint-Jacques» se charge d'un je ne sais quoi, dans la proximité d'impressions marines, ou qu'une musique au fil de l'eau d'une simple piscine surréalise l'espace du quotidien.
Que ce soit dans de vielles photos de famille reprises et retravaillées, dans l'image fantasmatique d'un horizon marin en voie d'extinction ou dans le mouvement spiralé en quête de convergence, c'est le regard lui-même sur le monde et sur la nature des êtres qui est interrogé.
Dans ses dernières Vidéos, l'artiste traque l'incertitude du regard contre l'accoutumance de la vision et des idées reçues en mettant hors-champs ce que pourrait être un sujet. Elle soulève le problème de l'insaisissable repère de l'identité.
Dans « Manges avec ta main droite », l'introduction du dessin au crayon représentant un nu de femme en position fœtal accentue l'impression de fragilité des êtres devant l'imperium des coutumes.