nicene kossentini
 

" What the water gave me "
Au fond de l'image.

Rachida TRIKI, 2009.

Dans la série photographique « Ce que je vis dans l'eau », ce n'est pas la vision qui pénètre l'image pour la saisir, mais le fond de l'image qui s'écoule lentement mais sûrement jusqu'à l'immersion du regard. Cet effet de contagion par apparition progressive est le propre de l'image –lumière qui est fantomatique en son amont. Elle vient à la vision par effet de révélation de formes, à la fois singulières et prégnantes. Nicène kossentini a parfaitement su rendre cette phénoménologie de la perception où les choses affectent nos corps regardants dans une temporalité purement esthétique. Si l'intitulé « Ce que je vis dans l'eau » fait volontairement écho au tableau de Frida Kahlo, c'est pour désigner justement la venue à la présence, proche de l'immersion psychanalytique.

La gestation de l'image photographique entre visible et invisible investit le regard par cette étrange apparition d'un visage en apnée. A la fois présente et absente, dans une semi-opacité, la figure évanescente focalise peu à peu l'apparaître sur une bouche suffoquant dans son balbutiement. De ses lèvres presque closes, jaillit un rejet aquatique manifesté dans la brillance d'un tracé chaotique. Comme un éclat de voix, à la fois étouffé et pressent, ce rejet cristallin oppose son anarchie soudaine à l'horizontalité saillante d'une écriture inaccessible.

C'est comme si le langage, dans sa distinction apparente, restait toujours étranger au « dire vrai ». Il est manifesté, en deçà et par devant la bouche en apnée, par un fil calligraphique à l'allure d'un barbelé incisif, traçant comme une ligne de démarcation l'écart entre l'artifice de la langue et l'intimité des mots. C'est cet abîme de l'innommable que chaque photo de grand format, à la fois semblable et différente, livre au regard du spectateur. Elle le fait dans une temporalité propre à l'affect dont elle est porteuse et que l'artiste en photographe a fait subtilement passer dans la matière de l'œuvre. Mais c'est certainement aussi, l'expérience de vidéaste de Nicène Kossentini qui a permis ce mode de gestation de l'image et son mouvement dans le regard.

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